Nos experts ont la parole

Intercepter : laisser une chance à la croissance

Pr Alain Lautrou

En Orthopédie dentofaciale, le traitement précoce adhère à un concept d’orthodontie médicale qui prévient plus qu’elle ne guérit, qui traite plus la cause que les symptômes.


Cette orthodontie n’est pas mineure, elle impose des prérequis aux praticiens et utilise des moyens simples pour une action efficiente dans un contexte dynamique de croissance de l’enfant.

Expérience clinique et bon sens s’allient bien souvent pour trouver des solutions simples à un problème qui risque de s’aggraver et dont la solution se complique avec le temps.


Traitements ultrapréservateurs des dyschromies chez l’enfant et l’adolescent.

Dr Jean Pierre Attal

Les demandes esthétiques liées à des dyschromies chez l’enfant et l’adolescent sont essentiellement liées à des pathologies (trauma, MIH, fluorose, lésions blanches initiales, dent dépulpée, amélogénèse ou dentinogénèse imparfaite…etc).

Les thérapeutiques ultrapréservatrices (éclaircissement, érosion/infiltration, micro abrasion contrôlée, stratification de composite) qui permettent de répondre à ces demandes sont utilisées soit seules soit associées les unes aux autres. 

Après un point sur la réglementation européenne, nous montrerons comment mettre en oeuvre ces traitements en insistant sur leur pronostic qui dépend de l’étiologie et de l’analyse des propriétés optiques initiales de la dyschromie (photographies, polariseur, teintes, mesures spectrophotométriques…). 


Obésité de l’enfant : mythes et réalités

P. Tounian

Nutrition et Gastroentérologie pédiatriques, Hôpital Trousseau, Paris

      L’obésité est probablement l’une des maladies qui suscitent le plus de rumeurs et contre-vérités. Ceci est probablement lié au fait que n’importe quel quidam a une opinion tranchée sur les causes de l’obésité et les moyens à mettre en œuvre pour la combattre.

L’obésité est-elle la conséquence de mauvaises habitudes alimentaires ?

      Dans l’imaginaire collectif, y compris celui de nombreux professionnels de santé, il n’y a pas de doutes que l’acquisition de mauvaises habitudes alimentaires durant l’enfance est une des principales causes d’obésité ultérieure. Dans un remarquable article dénonçant les mythes autour de l’obésité, les vingt auteurs de ce document répondent clairement à la question : « l’évolution pondérale au cours de la vie dépend principalement du patrimoine génétique et non d’un effet persistant de l’apprentissage précoce d’une bonne hygiène de vie ». Il n’y a rien à ajouter.

La prévalence de l’obésité infantile continue-t-elle d’augmenter ?

      On entend et lit sans cesse qu’une véritable épidémie d’obésité s’abat sur les enfants. Il est vrai que la prévalence de l’obésité infantile a presque quintuplé en France entre les années 1960 et 2000. L’expansion de l’environnement obésogène au sein du pays a effectivement permis le « recrutement » des enfants prédisposés et explique ainsi l’augmentation de la prévalence de l’obésité. Mais comme seuls les enfants prédisposés peuvent devenir obèses, lorsque l’environnement obésogène s’est étendu à l’ensemble du territoire, l’augmentation de la prévalence s’arrête car tous les enfants susceptibles de devenir obèses ont été « recrutés ». C’est exactement ce que nous constatons puisque la prévalence de l’obésité infantile s’est stabilisée en France, comme dans d’autres pays industrialisés [5] depuis le début des années 2000.

Les complications somatiques liées à l’obésité sont-elles préoccupantes chez l’enfant ?

      La plupart des médecins sont très préoccupés par les complications somatiques graves auxquelles l’obésité expose chez l’enfant. Ils craignent ainsi la survenue d’un diabète, d’une HTA, d’une stéato-hépatite sévère d’une épiphysiolyse de la tête fémorale, d’apnées du sommeil nécessitant une ventilation non invasive (VNI), d’un syndrome des ovaires polykystiques ou d’une hypertension intracrânienne (HTIC). Cette inquiétude est transmise aux parents (les enfants y sont totalement insensibles) et génère légitimement une angoisse chez eux. C’est bien dommage car ces complications sont tout à fait exceptionnelles chez l’enfant, même en cas d’obésité morbide.

Un bilan sanguin doit-il être systématiquement prescrit ?

      La grande majorité des enfants obèses subissent un prélèvement sanguin à la recherche d’une hypothyroïdie, d’un diabète ou d’une dyslipidémie. Ces examens sont pourtant presque toujours normaux ou n’engagent aucune mesure thérapeutique spécifique. Des prescriptions plus raisonnées seraient préférables.

L’obésité de l’enfant doit-elle être prise en charge le plus tôt possible ?

      Dans l’objectif de réduire le risque de persistance de l’obésité à l’âge adulte ou pour prévenir l’apparition de complications à long terme, beaucoup de praticiens suggèrent de traiter l’obésité le plus tôt possible dans l’enfance, en arguant également de la plus grande efficacité de la prise en charge durant l’enfance. Ces deux arguments ne sont étonnamment pas recevables.

La prévention de l’obésité est-elle efficace ?

      Depuis des décennies, professionnels de santé, politiciens et industriels s’époumonent dans l’espoir de « freiner la progression de l’épidémie d’obésité ». Leur conviction est sincère et leur volonté de bien faire émouvante. Mais quelques années d’expérience de terrain – que la majorité de ces acteurs n’ont pas et n’auront jamais – suffisent pour constater que ces efforts sont totalement vains.

Conclusion

      Les rumeurs qui circulent autour de l’obésité majorent la souffrance des enfants qui en sont atteints et de leur famille. Notre devoir de médecin est de rétablir la vérité scientifique pour atténuer cette douleur. Il est aussi de combattre ceux dont l’objectif est différent, par ignorance ou simple profit individuel.